Jay Vine, ce que la course ne montre pas
Derrière les kilomètres, les montées et les lignes d’arrivée, il y a tout ce que l’on ne voit pas. Le travail quotidien, les petits ajustements, les choix qui façonnent une carrière au plus haut niveau.
Jay Vine (30) s’est fait une place dans le peloton professionnel avec un parcours unique, construisant sa progression étape par étape grâce à la discipline, l’adaptation et la constance. Entre une carrière internationale et une vie personnelle en pleine évolution, il trouve aujourd’hui son propre équilibre.
Dans cet entretien, rendu possible avec le soutien de son épouse Bre, il partage son parcours, son quotidien et ce qui se passe réellement en coulisses.
Issu à la fois de la route, du VTT et d’une compétition en ligne, penses-tu que cette expérience t’a permis d’accéder plus rapidement au WorldTour ? Quand as-tu réalisé que le cyclisme pouvait devenir ton métier ?
Oui, je pense que passer par la Zwift Academy m’a clairement ouvert les portes du peloton professionnel. Mais mon passé en VTT, avec la maîtrise du vélo et tout ça, a été très utile. Et aussi le fait d’avoir couru au niveau national en Australie, c’était très important.
Je suis devenu professionnel à 25 ans, et avant ça je devais tout gérer moi-même : la logistique, les hôtels, les déplacements, organiser ma vie, tout en travaillant à temps plein !
Donc d’une certaine manière, ça m’a vraiment aidé. Ça m’a permis de me développer et de me préparer à la vie dans le WorldTour en Europe — savoir me gérer, rester concentré sur un objectif et performer sur les courses ciblées.
Passer des courses virtuelles au peloton WorldTour est très différent. Qu’est-ce qui t’a le plus surpris dans cette transition ? Qu’est-ce qui t’a permis de t’adapter si vite ?
L’année où j’ai gagné la Zwift Academy, c’était pendant le COVID, donc tout était en ligne.
On n’a pas vraiment fait de tests en extérieur, comme rouler en peloton ou ce genre de choses. J’avais un peu d’expérience grâce aux courses en Australie et à quelques épreuves UCI, mais l’Europe est complètement différente. Même en comparant les championnats nationaux australiens aux courses en Europe, ce n’est pas du tout pareil.
En Europe, on court en équipe, et c’est une grande différence. Les championnats nationaux ressemblent davantage à un groupe d’individus cherchant un résultat sur un circuit fermé. Alors qu’en Europe — surtout sur un Grand Tour — tu découvres de nouvelles routes chaque jour. Tu ne peux pas mémoriser le parcours ni t’y fier. Tu dois constamment t’adapter, et c’est probablement le plus grand changement.

Tu es australien, ton équipe est basée au Moyen-Orient et tu vis et cours principalement en Europe. Comment trouves-tu un équilibre dans ce mode de vie international ?
Mon équipe est enregistrée aux Émirats arabes unis, mais le service course est basé à Milan, et je vis en Andorre. Et bien sûr, je viens de Canberra. Donc oui, c’est une organisation très internationale.
Ma saison s’étend généralement de janvier à octobre, donc je n’ai pas vraiment le temps de rentrer en Australie, avec les voyages et le décalage horaire. Nous nous sommes installés en Europe, et c’est devenu notre maison pour l’avenir tant que je cours au niveau professionnel.
Cela signifie aussi que nous n’avons plus vraiment de maison en Australie. Quand nous y retournons, nous restons chez la famille, à l’hôtel ou en Airbnb. Ça peut être assez perturbant — surtout avec des enfants — donc on essaie de limiter ces déplacements ou de les rendre aussi agréables que possible. Mais cela rend aussi plus difficile de voir ses proches. C’est donc un compromis, et il faut choisir où s’installer.
Tu as récemment fondé une famille, et ta femme a aussi un solide passé dans le cyclisme. Comment cela a-t-il changé ton quotidien et ta façon d’aborder ta carrière ?
Fonder une famille change forcément les choses. J’essaie de passer le plus de temps possible avec eux — que ce soit pendant les Grands Tours lors des jours de repos, ou en partant ensemble en stage en altitude quand c’est possible. Et ça, c’est vraiment agréable.
Avant la naissance de notre fils, ma femme était très impliquée. Elle aidait beaucoup dans la préparation : reconnaissance des étapes en voiture, analyse des parcours, utilisation du viewer, et elle me donnait des notes avant les étapes. Elle comprend très bien le cyclisme, donc c’était un vrai avantage.
C’est un peu différent aujourd’hui car nous avons moins de temps, mais c’est toujours très spécial de partager cette expérience, de son côté comme du mien.

Tu fais partie de UAE Team Emirates, l’une des équipes les plus fortes au monde. Qu’est-ce que cela représente pour toi ? En coulisses, qu’est-ce qui fait vraiment la différence ?
Faire partie de UAE Team Emirates, ça signifie surtout que nous allons toujours sur les courses pour gagner. Nous avons toujours quelqu’un en forme et capable de s’imposer. Nous avons aussi l’un des calendriers les plus chargés. Peut-être un peu moins cette année à cause des blessures, mais l’an dernier j’ai fait environ 82 jours de course. D’autres coureurs en font 50 ou 60. Cela représente quasiment un Grand Tour en plus.
Cela implique aussi plus de stages en altitude et plus de préparation. Nous avons battu le record du nombre de victoires sur une saison, mais c’est aussi parce que nous courons plus que les autres. Nous sommes constamment en course, donc constamment à la recherche de résultats, presque chaque semaine.
Après des blessures sérieuses, comment te reconstruis-tu physiquement et mentalement pour revenir au plus haut niveau ?
Après une blessure, j’ai toujours envie de revenir et de performer. Pour moi, il s’agit de me recentrer — définir des objectifs à court et long terme, puis trouver la meilleure façon d’y parvenir. C’est comme ça que je gère la situation.

Après 2024, ta saison 2025 a été très solide. Qu’est-ce qui a fait la différence ?
Je ne sais pas exactement ce qui a changé entre 2024 et 2025. Je pense que tout s’est simplement aligné. J’ai fait un très bon Grand Tour et j’en suis sorti en excellente forme, ce qui m’a beaucoup aidé pour la fin de saison.
C’est là que j’ai marqué beaucoup de points et obtenu de bons résultats. Les courses me convenaient aussi très bien. Donc oui, une bonne planification, un Grand Tour réussi et de bonnes jambes au bon moment.

Y a-t-il une personne ou un mentor qui a joué un rôle important dans ta carrière ?
J’ai eu beaucoup de mentors au fil des années, notamment des directeurs sportifs des équipes dans lesquelles j’ai couru. Je suis toujours en contact avec eux et ils m’ont beaucoup aidé.
Je travaille aussi avec un psychologue du sport, ce qui m’aide pour les idées, la planification, l’organisation et la progression vers mes objectifs.
Y a-t-il un coureur ou un sportif que tu admires particulièrement ? Pourquoi ?
J’admire beaucoup Richie Porte. J’ai toujours été un grand fan de sa carrière, de la façon dont il travaillait pour les autres tout en obtenant ses propres résultats. C’était un coureur exceptionnel, en Australie comme en Europe.
Et en dehors du cyclisme, j’admire vraiment Niki Lauda. J’ai découvert son histoire grâce au film Rush, comme beaucoup de gens, puis j’ai lu son livre et approfondi son parcours. C’est quelqu’un de très humble, et tout ce qu’il a traversé force le respect.


©JayVine pour toutes les photos.