Primož Roglič : le champion qui n’était pas destiné au cyclisme

Quand un rêve brisé en fait naître un autre

Primož Roglič consacre presque toute sa jeunesse au saut à ski. Il fait partie des meilleurs espoirs slovènes et devient champion du monde junior par équipes en 2007. La même année, il chute très lourdement sur le tremplin de Planica. Inconscient, il est transporté à l’hôpital par hélicoptère. La carrière qu’il imaginait est alors sérieusement compromise. Pendant sa convalescence, il découvre le vélo pour retrouver sa condition physique. En 2012, à 22 ans, il abandonne le saut à ski, vend sa moto et achète un vélo de course. Sans expérience ni formation, il doit tout apprendre de ce nouveau sport.

Il commence donc là où les futurs champions ne commencent presque jamais : tard, sans expérience et après avoir déjà perdu un premier rêve.

Apprendre tard, gagner au plus haut niveau

Les tests physiques révèlent rapidement des capacités exceptionnelles. Mais son ascension ne repose pas seulement sur son talent. Roglič travaille énormément, apprend à chaque course et comble en quelques années le retard accumulé sur des adversaires formés depuis l’enfance.

Il devient l’un des cyclistes les plus complets de sa génération. Il remporte quatre fois la Vuelta, gagne le Giro d’Italia, devient champion olympique du contre-la-montre et s’impose sur Liège-Bastogne-Liège. Son palmarès compte aujourd’hui 91 victoires.

Sa puissance, ses qualités de grimpeur, son explosivité et son intelligence lui permettent de gagner sur des terrains très différents. Mais son plus grand talent est peut-être mental : accepter ce qu’il ne peut plus changer et utiliser toute son énergie pour la suite.

La force calme d’un champion

La carrière de Primož Roglič est aussi marquée par les chutes, les blessures et les défaites. En 2020, il perd le Tour de France lors de l’avant-dernière étape, après avoir porté le maillot jaune durant onze jours. Quelques semaines plus tard, il remporte Liège-Bastogne-Liège, puis une nouvelle Vuelta.

En 2023, lors du contre-la-montre décisif du Giro, sa chaîne saute dans la montée. Roglič s’arrête, remet le mécanisme en place et repart. Le lendemain, il remporte le Giro.

Il ne contrôle pas toujours ce qui lui arrive, mais il refuse de laisser un accident ou une défaite décider de la suite. Sa devise, « No risk, no glory », résume cette manière de courir et de vivre : essayer pleinement, même lorsque rien ne garantit la victoire.

Cette détermination s’accompagne d’une grande sérénité. Roglič affirme qu’il ne retirerait de son parcours ni les chutes ni les déceptions, car elles lui ont appris à mieux se connaître. « Life’s a daily struggle and cycling helps me with that. » La vie est un combat quotidien, et le cyclisme l’aide à l’affronter.

La Vuelta qui raconte tout

En 2026, à 36 ans, Roglič construit sa saison autour d’un objectif : remporter une cinquième Vuelta et devenir le seul détenteur du record de victoires sur cette course.

Quelques semaines avant le départ, une voiture le renverse à l’entraînement. Un important hématome à la jambe l’empêche presque de bouger. Enfiler ses chaussettes représente déjà une épreuve. Il doit remplacer sa préparation par de la rééducation.

Roglič choisit pourtant de prendre le départ à Monaco, où il vit. Commencer cette Vuelta à la maison compte trop pour lui pour renoncer sans essayer. Mais il ignore si son corps lui permettra d’aller au bout des trois semaines.

Il termine finalement deuxième derrière Enric Mas. Cette place ne lui offre pas le record espéré, mais elle possède pour lui une valeur particulière : « Second place is like a victory for me in this case. »

Partir sans savoir s’il pourra terminer et monter finalement sur le podium : cette Vuelta résume à elle seule une grande partie de son histoire.

Un champion que le public aime profondémen

Primož Roglič fait partie des coureurs qui créent un lien rare avec le public. Son immense palmarès impose le respect, mais sa personnalité explique sans doute pourquoi il est autant apprécié.

Ses interviews sont pleines d’humour, d’autodérision et de petites phrases inattendues. Il ne cherche pas à donner l’image d’un héros parfait. Il accepte ses fragilités, reconnaît la valeur de ses adversaires et reste simple malgré son statut. Ses coéquipiers parlent d’un homme chaleureux, drôle et attentif aux autres. Le public ne voit donc pas seulement un champion qui gagne. Il voit aussi un homme qui tombe, doute, souffre et recommence.

Avec Lora, ouvrir la route aux autres

Cette attention aux autres prend une dimension concrète à travers la Fondation Primož Roglič, développée avec son épouse Lora Roglič Klinc. La fondation agit pour que le talent ou l’envie d’un enfant ne soient pas arrêtés par un manque de moyens. Elle offre des vélos, finance des bourses, soutient des courses pour les jeunes et accompagne leur développement. Elle leur apporte aussi des connaissances utiles sur la préparation mentale, la santé et la nutrition.

Primož et Lora veulent donner aux jeunes une chance de découvrir un sport, de progresser et de croire en leurs possibilités. Cette mission donne une autre dimension au parcours de Roglič. L’homme qui a vu son premier rêve se briser utilise aujourd’hui sa réussite pour empêcher que ceux des autres ne disparaissent avant même d’avoir commencé.

Bien plus qu’un palmarès

Primož Roglič est devenu une légende dans un sport qu’il n’était pas destiné à pratiquer. Ses victoires racontent son talent. Ses retours racontent sa force mentale. Son humour, son humilité et son engagement auprès des jeunes racontent l’homme.

Son histoire ne montre pas seulement comment un ancien sauteur à ski a remporté cinq Grands Tours. Elle rappelle qu’une fin peut aussi devenir un nouveau départ.

Primož Roglič ne devait pas devenir cycliste. C’est peut-être précisément pour cela que son parcours est devenu l’un des plus extraordinaires de l’histoire de ce sport.

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