Johan Djourou, au-delà du terrain : parcours, valeurs et transmission

Le Suisse, Johan Djourou, 39 ans, a évolué au plus haut niveau avec exigence et régularité, de Arsenal FC à l’Équipe de Suisse de football. Derrière les matchs et les projecteurs, il y a ce qu’on ne voit pas : le quotidien, les choix, les détails qui font la différence. Aujourd’hui, proche du terrain, il s’investit dans la transmission. Dans cet entretien, il revient sur son parcours et sur ce qui se joue en coulisses, loin des regards.

Johan, tu arrives à Arsenal FC à 16 ans, comment l’as-tu vécu et qu’est-ce que ça a changé dans ta vie ?

Wow, c’était un énorme moment pour moi, qui a tout changé honnêtement. Mais ça n’a pas changé le plus important, qui était mon rêve de devenir footballeur professionnel. En revanche, c’est clair que je n’étais plus à la maison, proche de ma famille et de mes amis.

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans la vie quotidienne du club ?

Au début, les infrastructures et l’exigence à tous les niveaux. C’était du jamais vu… un centre d’entraînement d’une telle qualité et d’une telle grandeur. C’était un autre monde, et être entouré des meilleurs joueurs du monde… wow.

C’est quoi, pour toi, la clé pour durer au haut niveau ?

On parle souvent du mental et de l’équilibre émotionnel, et pour moi c’est exactement ça. C’est cette exigence dans ce qu’on dit qu’on va faire et le fait de comprendre que ton corps est une machine dont tu dois prendre soin. Tout est lié aux émotions, à l’équilibre mental, à l’endurance sur la durée. Accepter les déceptions sans en avoir honte, ne pas descendre trop bas, mais aussi ne pas monter trop haut. Garder cet équilibre fait une énorme différence. Et je pense que les plus grands ont tous cette capacité.

Est-ce qu’il y a une personne qui a joué un rôle important dans ton parcours, un mentor sur qui tu as pu t’appuyer ?

Il y a plusieurs personnes, plusieurs entraîneurs, mes parents, qui ont été des piliers essentiels dans mon développement. Je pense que la force la plus constante, celle qui m’a toujours soutenu, c’est ma maman. Elle avait une foi, on va dire, inébranlable en moi, dans le fait que j’avais les qualités pour y arriver.

Ensuite, que ce soit les coachs que j’ai eus à Carouge ou en Equipe de Suisse chez les jeunes, je pense qu’ils m’ont tous aidé à passer des paliers. Et bien sûr, ma famille a toujours été là.

Mais au fond, j’avais aussi en moi une grande envie de me dépasser et de réaliser ce rêve. Je pense que ça a fait une énorme différence. C’était quelque chose de très ancré en moi et il n’y avait pas d’autre option à ce moment-là de ma vie.

Quel est le plus beau moment de ta carrière ?

Il y en a tellement… Je pense que faire ses premiers pas sur un terrain pro, c’est quelque chose d’inoubliable, c’est sûr ! Ensuite, disputer des Coupes du monde, jouer la Ligue des Champions… c’est compliqué d’en choisir un seul.

Mais je dirais que le fait d’avoir réussi, d’être parti aussi jeune et de m’être imposé, ça reste quelque chose de très spécial, encore aujourd’hui.

Tous ces moments sont extraordinaires, donc c’est difficile pour moi d’en choisir un. Je pense que ce qui m’a le plus marqué, c’est le chemin. Le parcours a été vraiment incroyable pour arriver à vivre tous ces rêves et toutes ces expériences.

Quel est le joueur qui t’a le plus impressionné, que ce soit avec ou contre toi ?

Je dirais Messi. Tout simplement hors norme !

Porter le maillot de l’Equipe de Suisse, ça représentait quoi pour toi ?

Porter le maillot de l’Équipe de Suisse, ça représentait énormément pour moi. J’ai été adopté très jeune par une maman suisse, donc c’était aussi une manière de lui rendre hommage et de la rendre fière.

C’était également important pour moi de représenter la diversité en Suisse. J’ai été l’un des premiers joueurs noirs à porter ce maillot sur la durée, et ça avait du sens pour moi.

Mais au-delà de ça, c’était quelque chose de très personnel. Par rapport à ma maman, qui m’a donné la chance de venir en Europe et en Suisse, de grandir ici, à Genève… Tout ça, je le portais avec moi à chaque fois que j’enfilais le maillot.

Qu’est-ce que le football t’a appris que tu utilises encore aujourd’hui ?

Wow, le football apprend tellement de choses. Il m’a surtout appris à respecter les cultures et la diversité, et ça, je pense que c’est la plus belle chose que j’aie pu retenir.

Dans un vestiaire, il y a des joueurs de différentes origines, cultures et religions, et il faut savoir vivre avec ça, le respecter. Il faut même, comme on dit en anglais, embrace it, l’accepter pleinement pour réussir à créer une vraie famille.

Pour moi, c’est ça la grande leçon du football : le partage et le respect des autres. Et encore aujourd’hui, je transmets ces valeurs.

À quoi ressemble ta vie après le foot ?

Ma vie après le foot est assez simple, au fond : tu apprends énormément, sur toi-même, sur l’exigence, sur la résilience. Aujourd’hui, je prends beaucoup de plaisir à coacher les filles à Lancy, à être directeur technique des équipes nationales féminines à l’Association suisse de football (ASF), à intervenir comme expert sur des plateaux TV, à poursuivre mes formations et à développer mes propres projets à côté.

Ma vie est très chargée, mais j’y prends beaucoup de plaisir. Tant qu’il y a des choses à faire et qu’on est dans l’action, on ne s’ennuie pas.

C’est vrai que parfois, le foot peut manquer, mais j’ai la chance d’être encore très proche du terrain, et surtout de pouvoir transmettre et contribuer au développement des jeunes joueuses.

Pourquoi est-ce important pour toi de soutenir les jeunes filles dans le sport ? Quel est le message que tu souhaites transmettre ?

Déjà, la chose la plus importante pour moi, c’est que le Seigneur m’a offert trois filles, qui ont découvert cette passion. Et de toute façon, que ce soit le foot ou autre chose, je les aurais toujours soutenues.

Au-delà de ça, aujourd’hui, il s’agit surtout d’apporter aux filles que j’accompagne une connaissance et un vécu. C’est-à-dire que l’on transmet souvent ce que l’on connaît, et j’ai eu la chance d’évoluer au plus haut niveau, de jouer contre les meilleurs, de m’entraîner avec les meilleurs et de côtoyer de grands entraîneurs. Donc pour moi, l’idée est aussi de leur donner des outils différents de ceux reçus dans le passé, afin qu’elles puissent construire leur propre parcours et leur propre carrière.

C’est vraiment cette idée de transmission : leur apporter de l’exigence et toutes les qualités qui vont avec, mais surtout les aider à valoriser leurs propres forces. Et ainsi leur donner la possibilité de rêver à travers un cadre et une méthode de qualité.

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