Nimroy Turgott : de la Jamaïque aux Jeux Olympiques en bobsleigh, une interview inspirante

De la chaleur de la Jamaïque aux pistes glacées du bobsleigh, le parcours de Nimroy Turgott semble tout droit sorti de Rasta Rockett — et pourtant, il est bien réel. Porté par sa vitesse, sa puissance et une détermination sans faille, il a su transformer une opportunité inattendue en véritable rêve olympique. Découvrez l’histoire inspirante d’un athlète qui a quitté les plages ensoleillées pour se lancer à pleine vitesse sur la glace.

J’ai entendu dire que tu avais grandi dans un quartier difficile en Jamaïque. Comment un jeune garçon issu de cet environnement finit-il par rejoindre l’équipe jamaïcaine de bobsleigh ? Peux-tu nous raconter le moment où ce sport est entré dans ta vie ? As-tu été inspiré par le film Rasta Rockett, ou as-tu été repéré par quelqu’un ?

Grandir en Jamaïque n’a pas toujours été facile. Les opportunités sont limitées, et il faut être mentalement fort dès le plus jeune âge. Pour moi, le sport a toujours été une échappatoire. J’aimais me mesurer aux autres et repousser mes limites.

Le bobsleigh est entré dans ma vie grâce à une opportunité, au bon moment. Ce n’est pas un sport dont je rêvais enfant. Bien sûr, je connaissais Rasta Rockett, mais je n’imaginais pas que cela deviendrait ma réalité. J’ai été repéré grâce à mes capacités athlétiques : vitesse, force, explosivité. Dès que j’ai découvert ce sport, tout s’est enchaîné naturellement, et je m’y suis investi pleinement.

Te souviens-tu du moment précis où tu t’es dit : “Wow… je pourrais vraiment aller aux Jeux Olympiques” ?

Je me souviens très bien de ce moment. C’était lors de mes premières compétitions internationales, en voyant le niveau et en réalisant que je pouvais rivaliser avec ces athlètes. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment réalisé que c’était réel.

Mais le véritable moment “wow” est arrivé lorsque je me suis officiellement qualifié. À cet instant, tout ce pour quoi j’avais travaillé si dur est devenu réalité. C’était très émouvant, car je savais d’où je venais.

Tu as maintenant participé à deux Jeux Olympiques. Qu’est-ce qui t’a le plus surpris dans les coulisses des Jeux, quelque chose que le public ne voit pas à la télévision ?

À la télévision, on voit le côté spectaculaire, mais ce qui m’a le plus surpris, c’est à quel point tout est intense et structuré en coulisses. Ce n’est pas seulement la compétition. C’est la discipline, la gestion du temps, la pression et la concentration mentale en permanence.

Le Village Olympique est aussi très particulier. Tu es entouré des meilleurs athlètes du monde, mais chacun reste concentré sur sa propre mission.

© Nimroy Turgot

Comment t’entraînes-tu pour le bobsleigh en venant d’un pays chaud comme la Jamaïque ? Et lorsque tu arrives sur une piste glacée, comment ton corps et ton esprit s’adaptent-ils ?

S’entraîner en Jamaïque représente un vrai défi, car nous n’avons pas de pistes de glace ! Nous nous concentrons donc beaucoup sur le sprint, la musculation et le travail de poussée.

Lorsque nous arrivons sur la glace, il faut s’adapter rapidement. Le corps ressent le choc du froid, mais mentalement, il faut rester concentré. Avec le temps, on apprend à l’accepter. Cela devient une partie du sport.

L’équipe jamaïcaine est connue pour son énergie et son esprit positif. Avez-vous des rituels ou des moments particuliers avant les courses ?

L’équipe jamaïcaine, c’est avant tout des bonnes vibes et beaucoup d’unité. Avant les courses, on garde une ambiance détendue : musique, blagues, énergie positive.

On se rappelle de profiter du moment, car la pression peut vite prendre le dessus. Cette énergie est l’une de nos plus grandes forces.

© Nimroy Turgott

On a entendu dire que tu avais cuisiné pour Snoop Dogg pendant les Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026. Comment cela s’est-il passé ?

C’était l’un de ces moments complètement irréels. Une rencontre en amène une autre, et avant même de m’en rendre compte, je me suis retrouvé à cuisiner pour Snoop Dogg.

C’était assez naturel pour moi, parce que j’aime cuisiner. Mais en même temps, j’ai pris un moment pour me dire : « C’est quand même incroyable. »

Au final, c’est devenu une expérience inoubliable et une histoire que je garderai avec moi toute ma vie.

Tu as rencontré le prince William, Catherine, princesse de Galles, ainsi que de nombreuses personnalités. Quelle rencontre t’a le plus inspiré, et pourquoi ?

Rencontrer le prince William et Catherine, princesse de Galles, a été un moment très spécial. Mais au-delà de qui ils sont, ce qui m’inspire le plus, ce sont les échanges que nous avons eus et la reconnaissance de ce que nous représentons.

Ces moments me rappellent que notre parcours va bien au-delà du sport : nous portons les couleurs de la Jamaïque sur la scène mondiale.

© Nimroy Turgott

Les Jamaïcains suivent-ils votre parcours ? Que ressens-tu lorsque tu rentres chez toi ?

La Jamaïque nous soutient énormément. Pendant les Jeux Olympiques, les gens regardent, encouragent et nous envoient des messages.

Rentrer au pays, c’est toujours beaucoup d’amour. Les gens reconnaissent le parcours et les efforts, et cette énergie me donne encore plus de motivation pour continuer.

© Nimroy Turgott

Tu es aussi père. Quel message souhaites-tu transmettre à ta fille et aux jeunes ?

À ma fille, je dirais : ne laisse jamais ton environnement limiter tes rêves. Tu peux venir de n’importe où et accomplir de grandes choses.

Aux jeunes : restez disciplinés, concentrés, et croyez en vous, même lorsque personne d’autre ne le fait. Votre histoire peut changer à tout moment si vous êtes prêts.

Si tu pouvais parler au jeune garçon que tu étais, que lui dirais-tu ?

Je lui dirais : continue d’avancer. Ça en vaudra la peine.

Tu vas traverser des moments difficiles, des doutes, des échecs, mais n’abandonne pas. Tout cela te prépare à quelque chose de plus grand que tu ne peux l’imaginer.

Photo de couverture : © Nimroy Turgott

Ces contenus pourraient vous intéresser

  • DANS LA ROUE D’ÉLISE CHABBEY

    Elise Chabbey, 32 ans, est la cycliste suisse qui allie puissance, intelligence de course et personnalité. Ancienne kayakiste olympique et médecin, elle s’est tournée vers le cyclisme professionnel assez tard, mais a rapidement confirmé son talent. En 2025, elle décroche le maillot à pois du Tour de France Femmes et s’impose sur le Tour de Romandie Féminin, chez elle en Suisse. Derrière ses victoires se cache une athlète réfléchie, capable de gérer la pression tout en restant accessible. Bienvenue dans les coulisses d’Elise Chabbey.

  • AUDREY WERRO – l’étoile montante du 800 mètres

    À seulement 21 ans, Audrey Werro s’impose comme l’un des visages les plus prometteurs de l’athlétisme suisse. Spécialiste du 800 mètres, elle a su passer de l’ombre à la lumière avec la même fluidité qu’une course parfaitement maîtrisée. Mais derrière le dossard, il y a bien plus qu’une athlète : une jeune femme authentique, avec un sourire qui ne la quitte jamais et une passion profonde — courir vite, vivre pleinement et rester fidèle à elle-même.

  • Interview d’Alexis Monney

    Le Suisse, Alexis Monney, 26 ans, s’impose parmi les meilleurs skieurs internationaux. Il se classe 3 ème au classement de la descente de la Coupe du monde 202425. Derrière son calme et son style ultra précis, c’est un compétiteur toujours en quête de vitesse, de sensations et de progression. On part découvrir ce qu’il se passe derrière le casque — dans la tête et la vie de ce skieur parmi les meilleurs mondiaux.

  • Johan Djourou, au-delà du terrain : parcours, valeurs et transmission

    Le Suisse, Johan Djourou, 39 ans, a évolué au plus haut niveau avec exigence et régularité, de Arsenal FC à l’Équipe de Suisse de football. Derrière les matchs et les projecteurs, il y a ce qu’on ne voit pas : le quotidien, les choix, les détails qui font la différence. Aujourd’hui, proche du terrain, il s’investit dans la transmission. Dans cet entretien, il revient sur son parcours et sur ce qui se joue en coulisses, loin des regards.

  • Interview de Silvan Dillier

    Ce Suisse de 35 ans, qui est pro depuis 2014 et qui a déjà participé à 6 Tours de France, évolue au sein de l’équipe Alpecin-Deceuninck, aux côtés de Mathieu van der Poel et Jasper Philipsen entre-autres.

    Dans le peloton, il s’est forgé une solide réputation de coureur polyvalent, travailleur inlassable et passionné.
    Suivez-nous pour découvrir un peu mieux ce cycliste talentueux et inspirant.